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Les conflits autour de la centrale nucléaire de Temelin (Premiere partie)
de Bernard Riepl, Membre des Verts | 2002-05-05


A l?automne 2000, alors que commençait le chargement des barres de combustible de la centrale tcheque de Temelin au sud de la Boheme, est né en Autriche, pays frontalier, un mouvement de protestation completement inattendu. Depuis l?accident de Tchernobyl en 1986, la population autrichienne suivait certes avec inquiétude la construction des centrales décidées sous le régime communiste, mais il semblait jusqu?alors que, de toute façon, Temelin ne serait jamais achevée.Apres 1945, le refus d?utiliser l?énergie nucléaire est devenu une composante de la conscience nationale autrichienne, au meme titre que la neutralité. En 1978, un référendum a refusé le démarrage de la centrale autrichienne de Zwentendorf, pres de Vienne, pourtant prete a fonctionner. L?accident de Tchernobyl n?a fait que conforter ce choix.
La République tcheque, a la différence de l?Autriche, n?a pas de probleme pour revenir sur son passé d?avant 1945. Au contraire, elle a une vision de l?Histoire qui, remontant a la mise au bucher du réformateur de l?Eglise Jan Hus en 1415, situe la nation dans une longue tradition de résistance a un puissant voisin hostile (l?Allemagne, mais aussi l?Autriche, oublieuse de son passé protestant et de la violente reconquete de l?Eglise catholique). La fermeture des frontieres et le sentiment d?encerclement (comme sous Hitler) ont fait émerger en République tcheque une attitude défensive récurrente, s?apparentant a un sentiment de menace sur l?identité nationale (au regard de l?histoire, c?est compréhensible), attitude completement sous-estimée au début par le mouvement antinucléaire autrichien. Début septembre 2000, donc, la population frontaliere autrichienne bloquait pour la premiere fois la route qui traverse la frontiere a Freistadt, rassemblant plus de 10.000 personnes. Cet acte de désobéissance civile n?a pas beaucoup influé sur l?attitude de la République tcheque envers Temelin. D?ailleurs les habitants du lieu, se débattant dans les soucis quotidiens, acceptaient dans leur majorité l?argument utilisé par le lobby nucléaire que Temelin avait déja couté tres cher et qu?il était insensé d?arreter le projet a deux doigts de son achevement. L?enthousiasme pour la centrale était toutefois mitigé, meme si dans la région un grand nombre d?emplois en dépendaient et malgré une grande campagne publicitaire lancée par la firme exploitante, CEZ, présentée comme un généreux sponsor.
Du côté autrichien, un nombre sans cesse croissant d?habitants de la région ne se sentaient plus représentés par leurs politiciens a Vienne, et l?ensemble du mouvement a pris une nouvelle dimension. Si a l?origine les actions d?opposition a la centrale avaient reçu le soutien du Land de Haute-Autriche (l?entrée des Verts au gouvernement du Land en 1997 ayant donné une impulsion déterminante), elles ont rapidement pris une autonomie régionale. Il existait depuis longtemps une "plate-forme indépendante de Haute-Autriche contre le danger nucléaire", et le Land y avait un représentant officiel pour l?affaire de la centrale, un immigré tcheque d?avant 1989, Radko Pavlovec. Ainsi "La lutte contre le danger nucléaire" pouvait compter sur une large protection politique régionale, tout en ayant une connotation de "défense de la patrie" plutôt conservatrice.
Les médias autrichiens évoquaient de plus en plus souvent le "réacteur pourri" de Temelin alors qu?en République tcheque, on insistait sur l?apport de la technologie occidentale qui lui conférait un standard du meilleur niveau international. Avant la mise en service du réacteur, la majorité de la population tcheque pretait foi a cet argument, en partie car les protestataires autrichiens avaient négligé d?estimer leur influence sur l?opinion tcheque. Côté autrichien, on a exigé que les Tcheques mettent a disposition les documents techniques. Prague a refusé en partie, le Premier ministre social-démocrate Zeman se surpassant dans l?arrogance, et la population a estimé que c?était la une réaction légitime a une Autriche ressentie comme pareillement arrogante. Mais dans les deux pays, les actions de protestation ont fait monter la pression sur les élites politiques. Le gouvernement autrichien a rabroué Prague (revanche sur l?appui que Prague avait apporté aux sanctions prises par l?Union européenne lors de l?entrée du FPÖ de Haider au gouvernement). Apres plusieurs semaines de blocage de la frontiere sur toute la ligne entre l?Autriche et la République tcheque, l?ambiance a beaucoup changé du côté tcheque. La sympathie du début pour le mouvement de protestation autrichien s?est transformée en véritable colere; de chaque côté de la frontiere on a commencé a employer des clichés datant du temps de la monarchie. "Les Autrichiens", "les Tcheques" ont fait resurgir les vieux préjugés historiques pour aboutir a un resserrement au coude-a-coude derriere les "meneurs" nationaux du moment. Le ton est monté dans les médias, et meme de véritables incidents ont eu lieu. Par exemple des alertes a la bombe contre les organisateurs des blocages de frontiere. En République tcheque les communistes, en campagne électorale, ont organisé le blocage symbolique d?une station d?essence autrichienne ÖMV, se taillant ainsi un succes politique. Des infirmieres tcheques, travaillant a Linz, ont constaté que leur voiture avait été endommagée. Des affiches portant la mention: "Entrée interdite aux Autrichiens" ont paru dans les magasins tcheques.



AUTRICHE/TCHEQUIE: La centrale nucléair de Temelín. Deuxieme partie
de Bernhard Riepl | 2002-08-28


Le mouvement d?opposition se libere de "la prise d?otage politique". Comme il est décrit dans le dernier numéro d?Archipel, la résistance a la centrale de Temelín s?est retrouvée dans une situation problématique. Les écologistes tcheques se sont meme entendus dire qu?ils étaient au service d?une puissance étrangere.
En Autriche, les militants anti-nucléaire avaient décidé de profiter des pourparlers avec l?Union Européenne concernant l?adhésion de la République tcheque pour y inclure les problemes techniques de sécurité de la centrale. En Tchéquie ou, selon la société d?exploitation, il n?y avait aucun risque, on n?a pas compris pourquoi, et cette condition a l?adhésion a été ressentie comme un acte d?hostilité, tandis qu?elle était débattue par la plupart des partis autrichiens.
On retrouve ces divergences d?opinion dans les visions différentes des événements qui ont suivi la guerre, apres 1945.
Tout comme Temelín est en Autriche synonyme de "Tchernobyl" et en Tchéquie de "notre plus grand ouvrage", le nom de l?ancien président de Tchécoslovaquie, Edvard Benes, fait l'objet d'autant de considération que celui de Masaryk, co-fondateur de l?Etat, l?homme le plus important du début de la République de 1918, ou que celui du président en exil qui a coordonné depuis Londres la résistance a Hitler. En Autriche et en Allemagne, par contre, Edvard Benes est un "monstre" qui a fait massacrer et chasser les Sudetes. En Tchéquie, la demande d?abrogation du "décret Benes", faite par l?Autriche, l?Allemagne et la Hongrie, inquiete beaucoup de gens, surtout ceux qui vivent dans les anciennes maisons des Sudetes, qu?ils devraient alors quitter. Ces craintes sont évidemment nourries et utilisées par les chauvinistes tcheques, mais en Autriche et en Allemagne on n?est pas assez sensé pour reconnaître que s?il y a effectivement des problemes pour quelques-uns des 143 décrets présidentiels qui ont réglementé la constitution de la Tchécoslovaquie pendant la guerre et apres ? surtout en ce qui concerne la responsabilité collective ? il n?est pas question d?expulser les familles vivant dans les maisons vidées de leurs habitants d?origine en 1945/46.
Des le milieu de l?année 2001, le débat sur Temelín a été présent dans la campagne menée par le FPÖ de Haider pour la tenue d?un référendum début 2002, qui allait jusqu?a exiger pour le gouvernement autrichien un droit de veto concernant l?entrée de la Tchéquie dans l?Union Européenne tant que Temelín ne serait pas arretée et démontée. Ce référendum a vu la participation d?un million d?électeurs.
Parmi eux, il n?y avait surement pas que des partisans du FPÖ, mais aussi de simples opposants au nucléaire qui estimaient la requete importante. Par contre, de nombreuses personnes membres d?ONG manifestement anti-nucléaire ont refusé de participer a un référendum initié par le FPÖ.
Cet "abus" politique d?un instrument démocratique donnait au FPÖ l?occasion de tester sa force dans le gouvernement. Si le résultat avait été bon, il aurait pu mettre sous pression son partenaire de coalition et exiger de nouvelles élections. Mais ses strateges n?avaient pas prévu la non-participation de la majorité du mouvement anti-nucléaire. Juste assez de gens ont signé pour que le theme "résistance a Temelín" reste d?actualité, et trop peu pour servir de bouée de sauvetage a un FPÖ en perte de vitesse.
L?action "Ensemble pour le soleil et la liberté" a démarré en avril 2001, a l?occasion de la commémoration de Tchernobyl pour laquelle les anti-nucléaire s?étaient a nouveau rassemblés a la frontiere austro-tcheque. Grâce a elle, un débat de fond peut aujourd?hui etre mené dans les deux pays, sans toutefois négliger les tensions qui peuvent exister.
Des citoyens ont versé a titre individuel 1.000 schillings sur un compte d?épargne; actuellement la somme se monte a 10.000 ?. Cet argent restera sur le compte jusqu?a l?arret de la centrale. Entre-temps, les intérets serviront a aider des projets visant a promouvoir les énergies renouvelables en Tchéquie. Le fait d?avoir sous les yeux des installations qui fonctionnent, montrant a la population tcheque qu?on peut se passer de l?énergie nucléaire, a un effet pédagogique certain. "Ensemble pour le soleil et la liberté" est basé sur un partenariat entre communes autrichiennes et tcheques. Pour ceux qui s?étaient engagés dans le mouvement pour autre chose que Temelín, c?est comme leur présenter un miroir pour se regarder en face. Ceux qui étaient la surtout pour exciter les foules peuvent prendre la mesure de leur engagement. Ainsi, tres vite, se sont révélées les réticences des représentants des partis conservateurs et réactionnaires du gouvernement autrichien. Ceux qui voulaient profiter de la polarisation populaire n?ont pas supporté que de simples citoyens prennent les choses en main, par-dessus les frontieres et sans directives d?en-haut.
L?objectif concret de cette action est l?autonomie en énergie d?une commune du sud de la Boheme dont le maire s?est montré tres coopératif avec les anti-nucléaires. Pour cela les militants des deux pays installent des panneaux solaires, mesurent la force du vent, distribuent des lampes basse intensité, etc. Dans un an, la petite commune de Vezovata Plane verra la création d?un "Centre d?études solaires" qui permettra aux personnes intéressées de recevoir une formation professionnelle dans le domaine des énergies renouvelables. Il apportera également sa contribution a l?économie régionale en faisant travailler la pension du village.
L?association "Ensemble pour le soleil et la liberté" est active essentiellement en Autriche et en Tchéquie, mais selon ses statuts elle agit dans le monde entier, et c?est pourquoi elle souhaite établir des contacts en Allemagne, en Suisse et en France.
Cette idée de partenariat pour résoudre les problemes en marge de la haute politique a eu des conséquences remarquables. Le mouvement anti-nucléaire, qui souffrait d?importantes dissensions internes, s?est consolidé vis-a-vis de l?extérieur. Cette "initiative a la base" a semé le doute chez les hommes politiques des deux pays, qui se demandent si leur stratégie électorale ne risque pas de les mener a la défaite. Toujours est-il qu?ils ne peuvent plus tout simplement répandre l?idée que les autres ("les Autrichiens, les Tcheques"), sont des gens effrayants...
Le mouvement a réussi a démasquer les hommes politiques engagés dans le mouvement pour d?autres motivations que la résistance anti-nucléaire (par exemple la révision de l?Histoire pendant et apres la guerre) comme étant des gens vraiment effrayants. Par-dessus les frontieres, l?Europe d?en bas, justement.

Bernhard Riepl, Fondateur de l?association "Ensemble pour le soleil et la liberté"


www.sortirdunucleaire.org

Liste des accidents nucléaires



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